Aller au contenu

Gergiev sous le feu des critiques. Comment une déclaration idiote et une tentative timide de nuance inquiètent Rotterdam. Et expose un problème plus important.

Les protestations abondent à nouveau ce soir lors d'un concert dirigé par Valery Gergiev, cette fois au Barbican de Londres. De nombreux manifestants exigent que l'orchestre prenne ses distances avec le chef d'orchestre vedette russe et se prononce ouvertement contre la législation sur l'homosexualité en Russie.

Ça te rappelle quelque chose ?

C'est vrai. À peine le NRC a-t-il rapporté que l'Orchestre du Concertgebouw, Royal still, allait faire campagne en Russie contre cette législation précisément, qu'on apprenait qu'il n'en était finalement rien. Nous appelons cela une rectification, bien que le NRC l'ait présentée différemment.

La discussion est également bien connue. Et est trop souvent menée au-dessus de la tête des artistes et des athlètes. Des politiciens qui crient qu'un patineur de haut niveau devrait réfléchir à quelque chose et agir. Des musiciens qui devraient faire de même.

La réfutation est tout aussi familière : tu ne devrais pas rendre la culture et le sport politiques. Après tout, tu ne peux pas faire du patinage bisexuel, pas plus que tu ne peux jouer du violon de manière hétérosexuelle. Et le football gay ne peut être joué que par Rene van der Gijp.

Laisse chacun faire ses propres choix ?

Un sportif, un acteur, un musicien mérite l'indépendance. Et ne doit pas être contraint de prendre des positions qui n'ont rien à voir avec son propre domaine. Dans cette optique, on peut comprendre que le premier ministre Rutte ait refusé de se prononcer clairement sur l'action ou non du RCO en Russie, mais il a souligné que la reine sera présente en tant que patronne de l'orchestre et qu'agir prend alors rapidement de lourdes connotations politiques. La direction de l'orchestre a utilisé les mêmes arguments.

C'est aussi un peu lâche. Parce que personne n'a à forcer le RCO, l'orchestre a bien sûr le droit d'avoir une opinion. Parce qu'à quel point l'homophobie est encore répandue et omniprésente, Stephen Fry le montre justement ces semaines-ci dans une merveilleuse série documentaire.

Le cas Gerviev

Mais que se passe-t-il si un chef d'orchestre de renommée mondiale comme Gergiev, actuellement chef à Londres, avant celui de l'orchestre philharmonique de Rotterdam et homonyme du festival qui porte toujours son nom, fait toutes sortes de déclarations politiques en public ?

Dire aux gens que tu votes pour l'actuel président de la Russie, il n'y a rien de mal à cela. Mais si, un peu plus tard, tu lui dis aussi que tu soutiens sa législation sur l'homosexualité ? (Et qu'ensuite tu conduis sèchement Tchaïkovski, mais c'est peut-être parce que sa famille lui a manqué, d'après cette dernière lecture d'État).

Et que tu condamnes les Pussy Riot, parce qu'elles ont mené leur action "juste pour en tirer un bénéfice financier" le jour même où un transfert a vu "perdre" l'un de ses membres emprisonnés ?

Et, pour couronner le tout, estime que ces lois ne sont pas tant contre l'homosexualité, mais surtout pour "protéger les enfants russes de la pédophilie" ? Une déclaration à demi hâtive dans laquelle tu signales que tu crois vraiment que tous les autres sont égaux devient alors très peu plausible. Tu ne pourras alors pas t'en sortir avec "pas de commentaire" et "nous ne faisons aucune déclaration sur les opinions politiques", même en tant qu'orchestre néerlandais ou britannique.

 Conséquences pour Rotterdam ?

Que Gergiev, en échange de son soutien à Poutine, ait pu recevoir non seulement de nombreuses récompenses d'État mais aussi de nombreux millions avec lesquels il a non seulement sauvé le Kirov de l'oubli mais est surtout devenu lui-même très riche, c'est jouer à l'homme. Mais cela explique son soutien à Poutine et la curieuse scission dans laquelle lui et son orchestre se trouvent aujourd'hui. Et pourquoi, à son tour, une ville comme Rotterdam devrait sérieusement reconsidérer son soutien au festival Gergiev.

Les commentaires sont fermés.

Henri Drost

Henri Drost (1970) a étudié le néerlandais et les études américaines à Utrecht. A vendu des CD et des livres pendant des années, puis est devenu consultant en communication. Il écrit entre autres pour les magazines GPD, Metro, LOS !, De Roskam, 8weekly, Mania, hetiskoers et Cultureel Persbureau/De Dodo sur tout, mais si possible sur la musique (théâtre) et le sport. Autres spécialités : les chiffres, les États-Unis et les soins de santé. Écoute Waits et Webern, Wagner et Dylan et à peu près tout ce qui se trouve entre les deux.Voir les messages de l'auteur

Adhésion privée (mois)
5 / Maand
Pour les personnes physiques et les travailleurs indépendants.
Pas de bannières gênantes
Une lettre d'information spéciale
Propre compte mastodonte
Accès à nos archives
Petite adhésion (mois)
18 / Maand
Pour les institutions culturelles dont le chiffre d'affaires/subvention est inférieur à 250 000 € par an.
Pas de bannières gênantes
Un bulletin d'information premium
Tous nos podcasts
Ton propre compte Mastodon
Accès aux archives
Publie toi-même des communiqués de presse
Une attention particulière dans la couverture médiatique
Adhésion importante (mois)
36 / Maand
Pour les institutions culturelles dont le chiffre d'affaires/subvention est supérieur à 250 000 € par an.
Pas de bannières gênantes
Une lettre d'information spéciale
Ton propre compte Mastodon
Accès aux archives
Partager les communiqués de presse avec notre public
Une attention particulière dans la couverture médiatique
Bulletin d'information Premium (substack)
5 abonnements d'essai
Tous nos podcasts

Les paiements sont effectués via iDeal, Paypal, carte de crédit, Bancontact ou prélèvement automatique. Si tu préfères payer manuellement, sur la base d'une facture établie à l'avance, nous facturons des frais administratifs de 10€

*Uniquement pour l'adhésion annuelle ou après 12 paiements mensuels

fr_FRFrançais