Se moquer ou rire avec eux ? C’est un peu la question que l’on se pose lorsqu’on va voir un spectacle ‘ inclusif ’ auquel participent des ‘ comédiens en situation de handicap ’. Allons-nous assister, avec une certaine bienveillance, aux efforts maladroits d’amateurs à l’air touchant, ou allons-nous découvrir un spectacle où tout a été mûrement réfléchi et mis en scène de manière délibérée ? Après tout, nous ne voulons pas voir de vraies personnes s’effondrer, mais des clowns et des acrobates qui nous vendent cette illusion. Et ce, de la meilleure façon possible.
La pièce ‘ Roméo et Juliette ’ de la Compagnie Marius et « L'Offensive de l'Escaut » a été présentée comme une « adaptation inclusive de Shakespeare » interprétée par de jeunes comédiens avec et sans handicap. Une pièce où l'on jette également de la vaisselle et où l'on claque les portes. Ce lundi, la pièce a connu sa première néerlandaise au Theaterfestival Boulevard à Den Bosch. À nous de vérifier si les critiques flamandes, qui s'en sont donné à cœur joie, n'exagéraient pas.
Saint Nicolas
Eh bien, la presse flamande a raison : ce ‘ Roméo et Juliette ’ « inclusif », interprété par les comédiens chevronnés de Comp. Marius et les comédiens ‘ handicapés ’ mentalement et physiquement de la troupe Het Scheldeoffensief, le résultat est formidable. Jouent-ils du Shakespeare ? Oui et non. La célèbre pièce vieille de quatre cents ans, qui met en scène de jeunes amoureux issus de familles rivales, a été transposée par un Waas Gramser plein d’entrain, avec l’aide de Saint Nicolas, dans un langage captivant et rythmé où les rimes et les vers de remplissage veillent à ce que personne ne passe à côté de l’histoire.
Les interprètes, qu’il s’agisse des comédiens professionnels ou des membres de la troupe « Scheldeoffensief », n’ont ainsi aucune contrainte à surmonter pour transmettre ce dont aucune œuvre d’art ne peut se passer : le plaisir de créer. Cet ingrédient, l’umami de toute expérience artistique, est mis en œuvre avec tant de conviction que cette heure et demie s’écoule en un clin d’œil en cette soirée d’été exceptionnellement fraîche.
Cela va de soi
Le plaisir du jeu, grâce à la conviction fervente des comédiens, nous fait rire et pleurer avec eux, et non pas d’eux. C’est libérateur. Et c’est alors que survient ce pour quoi tout le monde va en réalité secrètement au théâtre : la transformation. Au fil de la représentation, on ne voit plus les comédiens avec leur handicap, mais des personnages en chair et en os qui rendent palpable une histoire universelle, entre deux plaisanteries et pitreries. C’est alors qu’une scène de mort – et cette pièce en regorge – devient soudainement vraiment émouvante.
C'est ainsi que ‘ Roméo et Juliette ’ devient une œuvre d'art dans laquelle la notion d'« inclusivité » va de soi.




