Pas besoin de parcourir la moitié du globe ou de rechercher d'autres expériences extrêmes pour vivre quelque chose dont on ignorait l'existence. Il suffit aussi de se rendre dans un petit théâtre d’Amsterdam-Est. Par pure curiosité, et parce que je n’avais pas envie de toute cette effervescence des festivals d’été, j’ai décidé d’aller voir ‘ Emerging in Whispers ’ d’Irene Sorozábal Moreno au Plein Theater.
C'est là, là où Huba de Graaff, compositrice attitrée de la capitale, a posé les bases de son triomphe, aux côtés de la chanteuse Naaz, lors du Holland Festival, que l'artiste multidisciplinaire espagnole Sorozábal Moreno a présenté quelque chose que je n'avais encore jamais entendu. Au cours de ce qui était le dernier après-midi de la série Nieuwe Noten de cette saison, elle a pris son souffle. Mais d’une manière qui s’est transformée en musique.
Pas pour le grand public
Ce que cette chanteuse, flûtiste à bec et compositrice d’une grande fragilité a su faire jaillir de son être était à la fois sensuel et musicalement novateur, parfois accompagné par un clarinettiste basse qui peinait à suivre son rythme (Michele Mazzini), et ponctuée ici et là par une Bea Álvarez très sereine, qui créait quelque chose à l’aide de claviers MIDI et d’échantillons. Et il y avait aussi quelque chose avec deux vieux tourne-disques.
Cette rencontre entre quelques dizaines de spectateurs et trois artistes n’est pas destinée au grand public. Mieux encore : il s’agit d’un spectacle intimiste et raffiné, difficile à décrire, et qui n’est en aucun cas un théâtre musical nécessairement bouleversant, destiné aux connaisseurs ou aux esprits curieux comme moi. Jusqu’où la voix humaine peut-elle aller, comment un halètement peut-il se transformer en percussions ? Irene Sorozábal Moreno explore ces questions dans le laboratoire intimiste du Plein Theater, qui trouveront plus tard, sous une forme ou une autre, leur chemin vers le vaste monde extérieur.
C'est unique, ça ne coûte presque rien, et parfois, il faut juste prendre le temps de le découvrir. Parce que ça fait du bien.

