Il possède cette capacité particulièrement admirable de résumer en quelques centaines de mots ce que l’on lit déjà chaque jour à la une des journaux et ce que l’on entend dans les rares émissions-débats à la télévision. Mais en le formulant de manière un peu plus grandiose. Formulé de manière admirablement plus élégante, avec quelques expressions dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Et de préférence sans y ajouter de nouvelles idées. Cela ne ferait que détourner l’attention. Et je ne parle même pas de Peter Pannekoek, qui, lors de cette dernière saison de « Zomergasten », fin juillet… a donné le coup d'envoi avec une soirée télé remplie de personnalités admirables.
Peter Pannekoek était un artiste de cabaret. Une œuvre mineure. Hier soir, c'était au tour mémorable de l'auteur le plus éloquent de notre époque, cet homme qui a toujours lu un livre de plus que vous et qui a voyagé dans au moins dix pays inconnus de plus que votre voisin : Tommy Wieringa. Ce fut une soirée exceptionnelle.
La seule femme
On savait déjà que Tommy Wieringa ne connaissait pas l'incertitude. Ceux qui, après le précédent Les téléspectateurs de « Zomergasten » qui avaient commencé à s'agacer un peu face à tous ces doutes et à cette incrédulité sincères de Merel Pauw ont pu se régaler. Le 16 août 2026, Tommy Wieringa a tout expliqué à Janine Abbring et a répondu à toutes les questions qu’elle était autorisée à poser, compte tenu du format de l’interview de l’émission.
Janine Abbring était la seule femme de la soirée. Elle a tenu bon pendant un temps remarquable. Elle a dû se dire bien des choses, mais elle a su peser ses mots, lors des rares moments où l'homme en face d'elle lui laissait la place pour une petite intervention. Elle savait se tenir en présence des filles adolescentes de Wieringa, qui, après une phase de grossièretés enfantines, avaient reçu pour consigne qu’elles pouvaient certes penser tout ce qu’elles voulaient, non, qu’elles devaient penser tout ce qu’elles voulaient, mais qu’elles devaient peser leurs mots. Très. Bien. Peser.
Clés à fourche
L'artiste de cabaret Peter Pannekoek ne voulait pas entendre le mot « admiration » lorsqu'Abbring a voulu résumer ainsi son spectacle dans les derniers instants de la soirée. Le grand écrivain Wieringa avait concocté un programme qui ne reposait que sur l'admiration. Du maître de la nouvelle, A.L. Snijders, jusqu’à l’Ukrainien dont on voyait les membres se faire arracher juste avant de s’endormir : Tommy Wieringa admire ces hommes qui font ce que les hommes sont censés faire, à l’instar de l’admiré Joost Conijn qui a lui-même construit un avion.
Des hommes discutent de clés à molette et de marteaux, donnent des coups de pied dans des objets d’où s’échappe de la fumée et qui font du bruit. Ou qui ont des sourcils en forme de brosses de paille. Wieringa les admire. Sans limite. Il s’inspire également d’eux, comme le ton d’A.L. Snijders et l’idée d’une « machine volante » de Conijn, qui a joué un rôle dans *Joe Speedboat*, son admirable roman sur un héros admirable. Les hommes combattent aussi des monstres, et dans *De Rus*, nous avons trouvé le monstre terrifiant par excellence. Dans la tranchée, il n’y a pas de place pour le doute. Ni pour la réflexion.
L'esprit du temps
Serait-ce lié à l’air du temps si, dans l’émission « Zomergasten », nous avons déjà accueilli deux hommes qui tirent leur estime de soi de l’admiration qu’ils portent à d’autres hommes ? « Celui qui sait admirer est forcément admiré à son tour », voilà sans doute le raisonnement, et si personne d’autre ne le fait, l’admiration que suscite votre entourage rejaillit tout de même un peu sur vous. Quelque chose comme ça ?
Est-ce le psychologue de la psychologie de la froideur qui sommeille en moi qui espérait percevoir, dans le langage corporel de Wieringa – qui a passé la soirée soit, triomphant, penché en arrière, les bras croisés, soit, au contraire, penché en avant avec une sollicitude paternelle –, quelque chose de tout petit et de fragile ? Finalement, c’est surtout dans le regard de Janine Abbring que j’ai vu quelque chose qui m’a inspiré de la compassion : une stupéfaction totale et absolue.
Nous nous sommes surtout identifiés au chien de Janine Abbring, auquel Wieringa avait fait allusion de manière peu affectueuse au début de l'émission. Cette petite chienne, d'un calme admirable, n'a pas levé les yeux un seul instant.




