- Copie : greffe, ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sciences, personnes concernées par le déroulement des événements au Musée néerlandais de la photographie
- Objet : Musée néerlandais de la photographie, débat au conseil municipal du 16 juillet 2026
- 17 juillet 2026
Chère Madame Nunnely,
En prenant vos fonctions de conseillère municipale chargée de la culture, vous héritez d’un dossier qui dépasse désormais largement le cadre d’un simple conflit social au Nederlands Fotomuseum. La décision du tribunal a mis en lumière une question fondamentale en matière de gestion : comment une institution culturelle peut-elle rétablir la confiance alors que ce sont précisément la supervision et la gouvernance qui font l'objet de critiques ?
Lors d'une récente concertation administrative à laquelle a participé le ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sciences (OCW), il a été demandé, au nom de la municipalité, à l'actuel conseil de surveillance du musée de la photographie d'élaborer un plan de redressement concernant (la direction et) la gouvernance du musée de la photographie.
Les réponses apportées par votre prédécesseure aux questions du conseil municipal ont ainsi marqué un tournant important. Pour la première fois, il a été explicitement reconnu que non seulement les conséquences du conflit méritaient une attention particulière, mais qu’une réflexion s’imposait également sur la manière dont la gestion et la supervision du musée avaient fonctionné. Il s’agit là d’une avancée importante. Dans le même temps, cette même lettre montre que, précisément sur les points les plus essentiels, aucune réponse convaincante n’a encore été apportée.
La question la plus urgente concerne la situation actuelle de l'administrateur par intérim Van der Lee. Il faisait partie du Conseil de surveillance pendant la période sur laquelle le tribunal s'est montré particulièrement critique. Il est désormais responsable de la gestion quotidienne de cette même organisation et, par conséquent, de l'élaboration du plan de redressement demandé.
Sans se prononcer en aucune manière sur son intégrité personnelle, on peut constater que cette structure est extrêmement vulnérable sur le plan administratif. En effet, la bonne gouvernance exige non seulement l’indépendance, mais aussi d’éviter tout semblant de conflit d’intérêts. C’est précisément lorsque les agissements d’un organe de contrôle font l’objet d’un débat public et d’une procédure judiciaire il est difficile d’imaginer qu’un des membres de l’organe de surveillance concerné puisse ensuite diriger et superviser le processus de redressement tout en représentant l’organisation auprès des pouvoirs publics, des enquêteurs et de la société civile. Il ne s’agit pas là d’une question de qualification personnelle, mais d’une question de gouvernance.
Un processus de redressement ne peut être crédible que s'il se déroule de manière visiblement indépendante. Non seulement pour le personnel du musée, non seulement pour l'ancien directeur, mais aussi pour les bailleurs de fonds, les institutions partenaires et l'ensemble du secteur culturel, qui suit avec intérêt les enseignements tirés de cette affaire exceptionnelle.
Cela nous amène à une deuxième question, tout aussi importante. La question posée par la municipalité et le ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences ne concerne pas uniquement le Musée néerlandais de la photographie. Cette affaire touche au cœur même de la surveillance au sein du secteur culturel. Comment fonctionne un conseil de surveillance lorsque la surveillance présente des lacunes et déraille ? Quels signaux ont été ignorés ? Quelles responsabilités ont été assumées ou non ? Comment éviter qu’un conflit ne s’aggrave au point qu’un juge doive constater l’existence d’un manquement grave imputable au conseil de surveillance ou à l’employeur ?
C'est précisément pour cette raison que l'enquête devrait être indépendante, mais aussi publique. Le secteur culturel n'a guère intérêt à un processus de redressement qui est en grande partie façonné par ceux-là mêmes dont les agissements font l'objet d'une réflexion et dont les conclusions ne sont partagées qu'au sein d'un cercle restreint. La valeur de cette affaire réside précisément dans les enseignements qu’on peut en tirer. Non seulement pour demander des comptes aux personnes concernées, mais aussi pour éviter que des situations similaires ne se reproduisent ailleurs. La bonne gouvernance se construit grâce à la transparence, et non par le secret.
Il est donc difficile de comprendre pourquoi on se contente d’un processus de redressement mené par la même organisation dont le fonctionnement administratif fait l’objet d’une enquête. Une enquête véritablement indépendante, menée par un organisme externe faisant autorité et dont les conclusions seraient rendues publiques dans leur intégralité, rendrait bien mieux justice à l’importance de cette affaire pour la société. Rotterdam n’est pas la seule à y avoir intérêt. C’est tout le secteur culturel qui y a intérêt.
Nous espérons donc que vous n'aborderez pas cette question comme un dossier à clore, mais comme une occasion de renforcer véritablement la confiance dans la bonne gouvernance du secteur artistique.
Cela nous amène, selon nous, à faire trois choix clairs.
- Premièrement : veiller à ce que le processus de redressement puisse se dérouler en toute indépendance, sans que la structure actuelle de la direction ne continue de soulever des questions quant à d'éventuels conflits d'intérêts.
- Deuxièmement : faire mener une enquête indépendante sur le fonctionnement de la direction et du conseil de surveillance au cours de la période concernée, par une partie n'ayant aucun lien avec cette affaire.
- Troisièmement : publiez l'intégralité des conclusions, afin que non seulement le Nederlands Fotomuseum, mais aussi l'ensemble du secteur culturel puisse en tirer des enseignements.
Le tribunal a désormais rendu son verdict concernant le passé. La question qui se pose désormais est de savoir comment Rotterdam va démontrer que la bonne gouvernance ne se limite pas à être prônée lorsque tout va bien, mais qu’elle s’applique précisément lorsque la ville est sous pression. C’est précisément pour cette raison que cette affaire mérite un maximum d’indépendance, de transparence et d’ouverture.
Cordialement,
Au nom également des personnes concernées qui continuent de suivre avec grand intérêt l'évolution de la situation autour du Musée néerlandais de la photographie.
Sjarel Ex
Guido van Nispen
Dieter de Vroomen



